Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire (2)

fr-airshipVoici la suite du Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire, toujours dans la partie I – Aspects théoriques.

Episode 1

Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire, I – Aspects théoriques – Suite

Elle descendit à « Palais Impérial » du côté de la Seine, sous quelques regards désapprobateurs. Visiblement, l’épisode du boa gigantis n’avait pas suffi à leur faire oublier le petit scandale qu’elle avait causé, mais elle ne regrettait rien.

Laissant derrière elle le fleuve et ses bateaux à aube, elle s’approcha d’un grand bâtiment entouré d’une multitude de tourelles aux fenêtres en ogive puis monta les nombreuses marches qui menaient à l’entrée. Un gardien vérifia son passe et elle put entrer dans le vaste hall quasiment vide à cette heure matinale. Le palais impérial contenait un nombre incalculable de pièces, depuis les appartements privés de la famille impériale jusqu’aux bureaux parmi lesquels celui de Virginia, dans la partie réservée au ministère des transports. Elle s’assit dans un fauteuil confortable et commença à trier le courrier du ministre.

Le souvenir du jeune mendiant revint la hanter et elle se demanda comment elle allait faire pour le revoir. C’était tout de même un comble, de tomber amoureuse de cet homme au premier coup d’oeil ! Éprouvait-elle vraiment de l’amour ou une attirance passagère ? Elle avait senti comme une force qui la poussait vers le jeune homme et il lui avait fallu trouver cette excuse ridicule pour l’embrasser.

– Désolé d’interrompre votre méditation, mademoiselle Lebousquet !

Le ministre des transports, Ronald Garcia, un petit homme sympathique toujours vêtu d’un frac, était arrivé sans qu’elle s’en aperçoive et la fixait malicieusement de son regard gris.

Virginia travailla toute la journée dans un état second. Le soir, elle partit avec soulagement après avoir rangé des dossiers.

Elle prit le métro avec l’espoir secret de voir le mendiant, mais en vain. Elle descendit à « Odéon », la station la plus proche de son appartement. Elle s’assit dans son salon au papier peint rayé et se prépara un darjeeling au jasmin. Quand le thé fut infusé, elle se rassit et but en feuilletant le journal. La « Gazette de Paris » faisait la publicité d’une conférence donnée par le célèbre savant évolutionniste Lord Drossel. Intéressée, Virginia lut l’article :

De la chair à l’acier

Ce soir à vingt-et-une heure, au théâtre des Capucines, le célèbre Lord Drossel donnera une conférence sur la place de la machine dans le processus évolutionniste. Connu pour ses travaux sur les reptiles et les insectes, le savant, rappelons-le au lecteur peu intéressé par les mondanités, a été anobli par sa majesté l’empereur Wilfrid il y a trois ans, lors d’un séjour à Londres de la famille impériale. Un éventuel projet de mariage entre Lord Drossel et Lise, la soeur de Wilfrid, avait même été évoqué, en tous cas le scientifique a depuis souvent été vu à la table de l’empereur. On dit que les débats sur la génétique et l’évolution ont parfois été houleux entre les deux hommes, sans pour autant remettre en question leur amitié. Qui sait si la conférence de ce soir ne provoquera pas un petit scandale chez les collègues de notre ami londonien ? Le titre semble le laisser présager et gageons que dès demain le tout-Paris casanier ragera de ne pas y avoir été. Chers lecteurs, ne laissez pas échapper cette occasion de vous cultiver et venez nombreux au théâtre des Capucines, 36, boulevard des Capucines. Entrée libre.

Virginia décida d’y aller. Après le dîner, elle rajusta son corset, prit son sac dans lequel elle jeta rapidement de quoi prendre des notes et sortit de son appartement.

Elle prit l’omnibus automatique parce qu’il était plus agréable de regarder le paysage urbain dans cette belle soirée de mars assise à l’étage, mais aussi parce que la ligne était directe jusqu’au théâtre, un édifice assez vaste au perron orné d’une colonnade. Elle s’installa au troisième rang et applaudit bien fort quand Lord Drossel fit son apparition. Le savant, petit et chauve, s’installa devant la scène, testa l’amplificateur de voix en toussotant, et se racla la gorge.

A suivre!…

Advertisements

One thought on “Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire (2)

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s