Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire (3)

fr-airshipUn nouvel épisode du Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire, toujours dans la partie I – Aspects théoriques!

Episode 1
Episode 2

Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire, I – Aspects théoriques – Suite

– Chers spectateurs, tout d’abord merci à tous d’être venus assister à cette conférence. Vous pourrez poser des questions à la fin si vous le souhaitez.
Vous êtes sans doute, je le suppose puisque vous êtes ici devant moi, familiers avec la théorie de l’évolution de Lady Marwin. Les récentes découvertes de reptiles géants antédiluviens ont fortement ébranlé les anciennes convictions créationnistes et la théorie sera bientôt acceptée par tous. Les mots adaptation, ancêtres communs ou taxons font maintenant partie du vocabulaire courant.
Toutefois, cette théorie ne s’applique apparemment qu’aux êtres vivants. Vous savez que je suis surtout spécialisé dans la biologie, mais il m’arrive aussi de réfléchir sur de nombreux autres domaines. J’aime ainsi observer le monde qui m’entoure et je me suis aperçu du nombre croissant de machines dans notre entourage. Chers spectateurs, vous qui êtes parisiens…

À ce moment-là, un homme en frac se leva au dernier rang et cria :

– Oui ! Les machines sont de plus en plus nombreuses ! L’homme va disparaître ! Méfiez-vous tous de ces engins diaboliques qui nous corrompent !

L’homme brandit le poing et hurla des imprécations. Il fut conduit hors de la salle par des vigiles qui essuyèrent une bordée d’injures. Tout le monde s’était retourné, mais l’attention fut bien vite canalisée de nouveau sur Lord Drossel. Virginia, qui avait pris consciencieusement le discours en note, tourna la page de son carnet.

– Pourquoi cette haine systématique des machines ? Enfin, reprenons. Si vous avez des remarques à faire, n’oubliez pas que vous pourrez vous exprimer à la fin de ma conférence. Cela vous évitera de vous faire expulser et ainsi de rater le meilleur de mon exposé ! dit-il avec un sourire, ce qui détendit l’atmosphère.
Où en étais-je ? Ah oui, je m’adressais à vous qui êtes sans nul doute parisiens. Vous avez donc dû utiliser des omnibus ou des métropolitains automatiques pour venir ici, de plus vous me voyez tous tenir un amplificateur vocal, afin que même le dernier rang puisse m’entendre. Cette omniprésence des objets techniques m’a ainsi amené à me demander s’ils n’avaient pas une place dans le processus évolutionniste.
Vous pourriez objecter que l’évolution des êtres vivants ne suit à priori aucune finalité, alors que nous adaptons les machines à nos besoins. Vous auriez raison. Des mécanismes différents permettent le développement des machines. Il est toujours possible de revenir à une version ancienne si elle nous semble meilleure alors que les processus biologiques de mutation rendent peu probable le retour à un état passé du vivant. Les tyrannosaures ne reviendront pas demain sur Terre ! lança-t-il, provoquant quelques rires dans le public.

Virginia nota scrupuleusement les paroles du savant.

– Toutefois, reprit-il, je vous ai donné tout à l’heure des exemples d’objets automatiques ou robotisés. Je n’apprendrai rien à certains d’entre vous en affirmant que de les machines utilisées en Europa sont obtenues à partir d’un processus d’évolution similaire aux mutations génétiques.

Virginia en avait seulement entendu parler. Elle se cala dans son fauteuil en oubliant de prendre des notes, pour mieux écouter Lord Drossel.

– Mille ans auparavant, les savants ont démontré qu’il était plus efficace d’obtenir des robots en faisant évoluer des systèmes simples aux règles peu complexes que de programmer de façon compliquée un robot pour le faire agir d’une façon déterminée. Des techniques d’apprentissage très efficaces sont utilisées pour résoudre des problèmes simples. Il suffit de connaître le but à atteindre et de récompenser ou punir le robot selon ses actions. Les modules peuvent être combinés pour obtenir un comportement plus varié, mais je vous passe tous ces détails techniques qui doivent être pénibles aux non-initiés !
C’est grâce à cette approche quasi-biologique, mais finaliste, que les scientifiques de l’Empire fabriquent certains de vos appareils et moyens de transport publics. Dans la nature, ceux qui sont adaptés survivent, même s’ils ne possèdent pas le meilleur comportement possible. Dans la technologie par contre, on cherche souvent à optimiser.
Je vois que vous êtes tous déçus, parce qu’on vous a promis une conférence choc et qu’au final vous avez eu le droit à des explications de robotique que vous connaissiez déjà peut-être.

Il est vrai que certains dans le public baillaient ou regardaient leur montre fréquemment. Virginia, elle, n’était pas déçue et surtout se doutait que la conférence n’était pas finie. En effet, ravi du petit effet qu’il allait produire, le scientifique reprit :

– Eh bien je me demande, moi, ce qu’il se passerait si on laissait évoluer sans contrainte humaine toutes ces machines. Certaines sont censées pouvoir trouver leur source d’énergie, d’autres peuvent communiquer entre elles et se transformer, etc. Toutes les machines produites par les scientifiques impériaux sont pour l’instant dans un entrepôt unique bien caché et si on les laissait faire, il serait possible qu’elles continuent à se transformer. Qui sait si une conscience ne pourrait pas naître ?

Un brouhaha envahit alors la salle, ce qui sembla réjouir le conférencier.

– Mais oui, pourquoi pas ? Et peut-être même est-ce, paradoxalement, un but que les scientifiques cherchent en ce moment-même à atteindre dans le plus grand secret ?

– C’est scandaleux ! Comment pouvez-vous affirmer une telle absurdité ? cria une dame.

– Chère madame, calmez-vous, tempéra Lord Drossel. Ce ne sont que des suppositions mais je ne m’appuie pas sur rien ! Il est par exemple certain que des machines secrètes, inconnues du grand public, sont conservées dans un unique entrepôt ! Peut-être même qu’un jour, les machines tenteront d’interagir avec nous, voir de s’infiltrer en nous, sans tomber dans la paranoïa du spectateur de tout à l’heure ! J’ai d’ailleurs des suspicions qui concernent un sujet impérial, plus précisément…

Virginia avait repris ses notes. Elle écrivait frénétiquement pour rattraper son retard tout en attendant avec curiosité la révélation promise. Elle ne vint pas. De plus, la salle était extrêmement silencieuse alors que quelques minutes auparavant, on se serait cru dans une ruche. Étonnée, Virginia releva alors la tête et s’aperçut que Lord Drossel gisait inconscient sur l’estrade. Personne n’avait tiré, mais il était mort en plein discours, sans raison apparente. Les gardes poussèrent rapidement les spectateurs vers la sortie et Virginia, sous le choc, rentra chez elle.

A suivre: la fin de la partie I!…

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