Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire (4)

fr-airshipUn nouvel épisode du Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire, la fin de la partie I – Aspects théoriques!

Episode 1
Episode 2
Episode 3

Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire, I – Aspects théoriques – Fin

Le lendemain était un samedi et elle put donc faire la grasse matinée. Un peu remise des émotions de la veille, elle se prépara un brunch et piocha une tenue élégante dans sa garde-robe, évidemment au cas où le mendiant serait présent chez M. Guëll. Elle choisit ensuite sa plus belle ombrelle de dentelle noire, car il faisait assez soleil, prit son sac à main et se décida à sortir après un dernier regard dans le miroir.

Les trottoirs étaient envahis de touristes. Virginia dut se frayer un chemin dans la foule jusqu’à ce qu’elle atteigne son raccourci favori, le campus de l’université des sciences. Comme elle y comptait quelques amis et que la sécurité de l’établissement était loin d’être aussi sévère qu’au palais, les gardes la laissaient entrer sans lui poser de questions quand elle était accompagnée d’un élève. Elle vit son amie Helga, une étudiante en mathématiques, ajuster sa veste à la polonaise devant le mur de pierre orné de chimères qui protégeait le parc. Virginia la héla, afin d’entrer avec la jeune fille rousse un peu ronde qui accepta avec plaisir. Le jardin du vaste campus comprenait un labyrinthe végétal, un terrain de croquet, une collection unique au monde de plantes géantes issues d’hybridations et des pelouses où l’on pouvait déjeuner sur l’herbe aux beaux jours. Virginia fit comprendre à Helga qu’elle était pressée et s’excusa. Elle traversa les imposants bâtiments de brique rouge du département de génétique, dont le hall surmonté d’un dôme de verre comprenait d’intéressants exemples de manipulations génétiques, essentiellement des animaux naturalisés comme un éléphant nain, un colibri énorme ou un zèbre à taches jaunes.

Elle salua au passage quelques connaissances et ressortit devant le pont Émilie Première, du nom de la grand-mère de Wilfrid qui avait intégré les territoires d’Outre-Manche et de Flandre à l’Empire grâce à son mariage avec le prince des îles britanniques de l’époque, Frederick. Virginia longea ensuite la Seine vers l’ouest et vit se profiler les premiers vestiges qui annonçaient le quai des Grandes Ruines.

Des colonnades éparpillées sur le sol et d’anciennes thermes constituaient un héritage du passé que les visiteurs aimaient contempler. Devant les ruines et face à la Seine, se profilait une suite de maisons collées les unes aux autres, aux frontons inspirés par les anciennes villes flamandes de l’Empire comme Bruges ou Anvers. Virginia, le coeur battant, inspectait les enseignes et trouva enfin celle de l’horloger, une montre à gousset bloquée sur dix-huit heures autour de laquelle s’inscrivait dans une typographie très alambiquée « Timoteo Guëll, Horloger ». Elle inspira profondément avant de se décider à franchir le seuil.

Une cloche tinta dans l’arrière boutique quand elle ouvrit la porte. Elle se retrouva dans une petite pièce assez sombre aux étagères supportant difficilement un amoncellement de montres et d’horloges de formes variées. Elle admirait un réveil quand un vieil homme portant barbichette et lorgnon apparut au fond de la pièce.

– Bonjour, très chère demoiselle, que puis-je faire pour vous ? Vous recherchez plutôt une montre ou une horloge ? Pour vous ou pour offrir ?

– Eh bien… bredouilla-t-elle, j’ai reçu votre carte de la part d’un jeune homme et…

– Et vous souhaitez le retrouver, c’est bien cela ? lui répondit-il, amusé. Heureusement, l’attrait semble réciproque, puisqu’il m’a prévenu d’attendre l’éventuelle visite d’une jolie jeune fille brune aux yeux noirs !

Virginia rougit.

– Chère mademoiselle, votre conquête s’appelle Alessandro et c’est mon neveu !

– Mais, je ne comprends pas…

– Pourquoi vous l’avez rencontré en train de mendier alors qu’il a un oncle pour s’occuper de lui ? Je crois que c’est en relation avec un projet de sociologie à l’université… D’ailleurs il donne la plupart de ses gains, mais là encore je ne sais pas trop à qui, sans doute à de vrais mendiants !

– Et…

– Et où pouvez-vous le trouver ?

Le vieil homme semblait deviner ses questions avant même qu’elle ne les pose.

– Il m’a dit qu’il ne passerait pas à la maison, Dieu sait ce qu’il fait, il est sans doute en cours, par contre cette nuit il va dans un tunnel abandonné du métropolitain où il rejoint ses amis. Si vous attendez jusqu’à vingt-deux heures je vous montrerai comment vous y rendre facilement. Puis-je vous inviter à boire une tasse de café ?

La jeune fille accepta avec plaisir et Timoteo apporta des chaises depuis l’arrière-boutique. Il disparut à nouveau pour préparer le café. Il revint bientôt avec un plateau sur lequel trônaient des scones au chocolat importés de Londres, du sucre et une cafetière fumante.

La conversation était agréable avec le vieil homme, Virginia lui parla un peu de sa jeunesse d’enfant adoptée par des parents aimants à Strasbourg. Ils habitaient toujours là-bas mais elle avait préféré travailler à Paris après ses études. En échange, Timoteo lui conta son enfance passée entre Barcelone, Naples et Varsovie sous l’impulsion de ses parents, artistes itinérants, ainsi que le déclic qu’il avait eu à quinze ans dans la boutique d’un horloger napolitain devenu son mentor. Ils parlèrent ensuite d’évènements plus récents et Virginia évoqua la conférence de Lord Drossel.

– Oui oui, on ne parle que de cela dans les journaux, une crise cardiaque à ce qu’il parait. Un sujet intéressant… mais mon neveu a une mauvaise impression à ce sujet, il préfère ne pas trop en parler. Vous lui demanderez si vous le voyez ce soir !

Virginia se dit que le neveu de Timoteo était bien étrange, il semblait en savoir long sur la mort d’un scientifique alors qu’il était un étudiant en sociologie se faisant passer pour un mendiant. À force de converser avec le vieil horloger, il fut l’heure de dîner. Virginia accepta de partager le repas de Timoteo et attendit vingt-deux heures avec impatience.

A suivre: le début de la partie II!…

Advertisements

One thought on “Traité sur les laboratoires secrets de l’Empire (4)

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s